Jouons le jeu !

Année 2000 : année mondiale des Mathématiques ! La ville de Paris lance un appel à projet pour fêter les maths ; le CIJM (Comité International des Jeux Mathématique) y répond et ainsi naît le premier salon des jeux mathématiques.
Cette manifestation rencontre un tel succès, il y a une telle attente du monde enseignant, du monde de la recherche et du grand public que, 18 ans plus tard, l’aventure a pris de l’ampleur et continue.

Marie-José Pestel

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Un salon culture et jeux mathématiques vient tous les ans fin mai s’installer place Saint-Sulpice, au cœur de Paris. Il accueille chaque année environ 15 000 visiteurs initiés ou non initiés, jeunes ou moins jeunes, dont 5 000 élèves avec leurs enseignants. Notez bien c’est un salon de culture mathématique dans lequel les jeux ont une place privilégiée mais non hégémonique.

Les grands principes qui sous-tendent le salon.

La gratuité : c’est un principe fondateur incontournable. La culture n’a pas de prix, tous devraient y avoir accès, on doit pouvoir y venir aussi nombreux que possible aussi souvent que l’on veut.

Un lieu de rencontre intergénérationnel, interculturel : membres du monde associatif, du monde de la recherche, du monde enseignant, artistes, créateurs de jeux, spécialistes ou non initiés, tous se rencontrent, échangent, s’enrichissent mutuellement… Il se veut :

  • ouvert à tous : tout le monde doit s’y sentir bien et en repartir plus riche, plus heureux qu’en arrivant.

  • s’adressant à tous : chacun s’efforce de trouver les mots que tous comprennent.

  • vitrine pour notre discipline et pour tous ceux qui œuvrent pour mieux la faire connaître.

Développons trois idées qui font ce salon.

Le salon est un lieu de découverte de la discipline

Donner une autre image des maths est un mot d’ordre important en direction des médias. Les maths sont vivantes, riches, universelles, encore faut-il le prouver. Chaque année avec une thématique différente, le salon porte témoignage de leur richesse. Faire la liste des thèmes abordés : astronomie, chimie, physique, nature, société et en 2017 langages prouve s’il en est besoin que notre discipline est omniprésente dans toutes les sciences dures, humaines et artistiques. Des thèmes plus généraux comme maths en scène ou maths au carrefour des cultures ont montré l’importance des maths dans la construction de la pensée et la formation des jeunes.

Le salon est un espace de création et d’innovation.

Des ateliers d’origami, de froisseurs de papier, de calligraphie, de mosaïque sont autant d’occasions de développer l’esprit créatif et artistique d’un jeune public. Le jeu est un des éléments centraux du salon. Bien sûr les jeux traditionnels : dames et échecs, bridge, go et awalé ont toute leur place, sans parler du jeu de Hex qui, grâce à la réédition qu’en a fait le CIJM, trouve toute sa place parmi les grands. Mais aujourd’hui le monde des jeux explose, des créateurs de jeux viennent nombreux tester et présenter leur invention. Les jeux de société ont un rôle important de cohésion sociale et de formation du citoyen. Sur le vaste espace du salon, petits et grands, ensemble, en apportent la preuve. Le numérique prend peu à peu sa place dans tout cet espace ludique.

Le salon est un espace de rencontres et d’échanges.

Ce salon est un espace des plus riches en occasions de rencontres et d’échanges inattendus. Il y a les 70 stands tenus par des gens de formation, de culture et d’âges très différents, tous ayant en commun la volonté de partager et de transmettre. Mais il y a aussi les compétitions qui sont, bien plus que des concours, des occasions de se rencontrer et d’échanger. Que ce soit le prix André Parent, où des jeunes viennent présenter et animer pour le grand public des ateliers qu’ils ont conçus, le spectacle mathématique donné par les équipes régionales de Euromaths-Casio, la promenade mathématique proposée par le Rallye de Paris. Dans toutes ces compétitions, l’objectif n’est pas de gagner mais de transmettre, d’étonner et de donner le plaisir de la découverte. Enfin et pour conclure sur ce point, il faut évoquer cet espace rencontre sur lequel vont alterner pièces de théâtre, concerts, débats et conférences-rencontres, sur les thèmes les plus variés mais tous prévus pour un public le plus large possible !

Le modèle économique

Basé sur le bénévolat, l’organisation du salon a montré ses limites. Il lui faut trouver une structure ou un partenaire financier assez fort pour assurer une gestion plus professionnelle permettant sa pérennisation.

En conclusion

Laissons la parole à Mickaël Launay qui, dans les dernières pages de son Grand Roman des maths, raconte sa promenade dans le salon. Il la décrit : il y a des magiciens […], des sculpteurs […], des inventeurs […], quelques personnes occupées à calculer le rayon de la Terre en reproduisant l’expérience d’Ératosthène […]. Il s’étonne : Tous ces gens inventent des mathématiques, chacun à leur manière ! Et la conclusion va de soi : Il y a dans les mathématiques, même simples, une source inépuisable d’étonnement et d’émerveillement […]. Les mathématiques ont un formidable potentiel pour devenir une discipline festive et populaire.

Complément

Deux vidéos de présentation du salon sont visibles sur le site du CIJM onglet salon .

Marie-José Pestel a reçu le prix d’Alembert en 2008 pour son action au sein du CIJM dont elle est la présidente.

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