La programmation facile avec Scratch

Michel Rousselet,
Éditions Ellipses, 2017.

isbn : 978-2-34001-790-0.
\(19\times24\) cm, 168 pages, 21,00 €.

Attention, au moment où cette recension est publiée, une version est disponible (téléchargeable ou en ligne). Les activités proposées dans l’ouvrage sont toujours d’actualité mais il est possible que les captures d’écrans ne soient plus contractuelles.

168 pages gonflées à bloc de programmes, d’exercices et de corrigés. Pour se former ou à envisager avec ses élèves ou en formation d’adultes. Des situations d’apprentissage variées valorisant l’activité mathématique et qui vérifient la robustesse des modèles mobilisables. Voilà ce que nous propose le dernier ouvrage de Michel Rousselet.

J’ai été ravie qu’on me propose de faire la recension du livre La programmation facile avec édité chez Ellipses, même après le premier confinement où il me semblait n’avoir que trop œuvré avec l’écran de mon ordinateur… J’ai eu il y a cinq ans l’occasion de me former en même temps que mes élèves de Cours Moyen à l’utilisation de et de constater sa simplicité d’usage. Ce logiciel libre est d’un intérêt réel pour la formation des enseignants : il répond aux questions que chacun peut se poser au sujet des notions de programmation et d’algorithmique très présentes dans les programmes scolaires du cycle 2 au cycle 4 de 2015. J’ai donc accueilli cet ouvrage de 168 pages avec l’idée de compléter ma connaissance de la programmation par blocs.

La quatrième de couverture de ce volume indique que le logiciel est vivement recommandé au collège — sans mentionner cependant son usage possible dès l’école élémentaire. On découvre l’organisation du livre : les « leçons » sont groupées par thématiques et accompagnées d’exercices à réaliser. Des travaux pratiques (situations plus complexes) et tous les corrigés suivent ces leçons. L’auteur, Michel Rousselet, professeur de mathématiques (collège et lycée) retraité, a rédigé une trentaine d’ouvrages. La variété de leurs entrées (histoire des maths et des sciences, ouvrages liés à l’apprentissage de l’informatique, pédagogie des mathématiques) caractérise l’abondante production de cet ancien formateur d’enseignants en informatique appliquée aux mathématiques.

En feuilletant le livre, je ne m’attendais pas à retrouver les blocs de privés de leur couleur. Cet aspect est finalement sans conséquence : la première leçon, en six pages illustrées, présente avec efficacité et en huit points l’environnement du logiciel :

  1. comment télécharger le logiciel ;

  2. l’écran d’accueil de la version 2 ;

  3. les instructions pour la programmation ;

  4. comment écrire un programme ;

  5. les instructions d’entrée/sortie ;

  6. le démarrage d’un programme ;

  7. trois petits programmes pour débuter ;

  8. enregistrer, ouvrir et imprimer un programme.

Les explications sont suffisamment explicites pour que l’entrée dans ait lieu en… débranché ! L’auteur suggère d’ailleurs un moyen d’imprimer un programme pour le copier/coller dans un traitement de texte et permettre son analyse. On le pratique au collège puisque certains exercices du Brevet se présentent sous cette forme, mais on n’utilise pas, à ma connaissance, ce moyen à l’école. Il serait utile dans les écoles qui ne bénéficient pas de postes informatiques en nombre suffisant pour faire travailler tous les élèves d’une classe en même temps en débranché. Les neuf types d’instructions sont exposés dans les huit leçons suivantes. L’auteur privilégie une formation centrée sur la compréhension de programmes répondant à une action simple (Comparer deux nombre \(x\) et \(y\) / Dire si un nombre entré au clavier est divisible par \(2\) et par \(4\) par exemple).

Cette rencontre avec les blocs « en situation » permet de s’affranchir d’une présentation trop théorique : l’assemblage de blocs est illustratif de l’action souhaitée. Les exercices proposés sont ensuite suffisamment distanciés du modèle pour faire appel à une réflexion algorithmique : quel est le moyen d’arriver au résultat demandé en fonction des blocs dont je connais l’usage ?

L’axe choisi est précieux, en particulier pour l’école primaire où la seule question du codage de déplacements dans l’espace englobe parfois l’ensemble des exercices étiquetés « programmation ». Ici, on s’inscrit nettement dans la mise en avant de l’aspect mathématique de l’algorithmique. La rapidité d’appropriation des pierres angulaires de l’algorithmique par ce logiciel est, d’après moi, la bonne idée du livre.

Programmes et variables, Opérations et fonctions, Instructions conditionnelles et Les boucles sont les quatre leçons déclinées après la première prise en main. On ne tergiverse pas dans cet ouvrage ! Et on est heureux de voir que les exercices sont construits pour investir les notions mathématiques travaillées jusqu’en fin de collège.

L’école élémentaire n’est pas en reste ; en lisant les programmes, il est aisé d’imaginer les possibilités offertes aux élèves : beaucoup de blocs peuvent ainsi être utilisés et convoqués pour asseoir différents concepts. On connaît l’attrait des élèves pour Scratch , on dispose ici d’une possibilité d’étendre l’activité mathématique à des questionnements algorithmiques riches.

La quatrième leçon traite du dessin avec Scratch. À l’instar des premiers chapitres, les principes et la description utile de la fenêtre de dessin sont très efficients. Déplacements orientés, utilisation des angles, désignation d’un point par ses coordonnées offrent des modalités de construction diversifiées.

Les trois dernières leçons traitent des listes, des chaînes de caractères et du hasard. Là encore, les situations proposées sont variées.

On aura découvert ainsi l’univers de et son potentiel d’apprentissage, sans avoir même associé les exercices à la couleur des blocs ! Mieux, l’absence de couleur est très avantageusement contrecarrée par une présentation des éléments et de leur rôle dans la programmation. Il vaut mieux par exemple se souvenir que les capteurs demandent une réponse (une donnée) gardée en mémoire et mobilisable dans le programme, plutôt que de mémoriser la couleur bleue comme associée à tout un tas de questions possibles ! Je ne suis pas sûre d’avoir eu accès à cette conceptualisation lors de ma première rencontre avec Scratch.

La grande qualité de ce livre, en plus de la simplicité de l’exposition des utilisations de Scratch (le titre n’est pas mensonger), réside dans la grande diversité des notions mathématiques utilisées. On pourra utiliser ce livre comme outil de sa propre formation au logiciel, mais aussi comme une exemplification de variables didactiques possibles pour valider la compréhension des modèles mathématiques et du raisonnement algorithmique par le truchement de la programmation. À ce titre, La programmation facile avec Scratch pourrait être utile en formation initiale ou continue aux enseignants du premier degré, dans des formations en équipe pour interroger l’aspect algorithmique de l’activité mathématique (peut-être encore peu exploité en cycle 3), dans les liaisons écoles-collège, et pourquoi pas dans une présentation des activités menées avant la Seconde pour les enseignants de lycée…

Agnès Gateau

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