Éditorial

Maths à distance : quelle continuité ?

Revenons un an en arrière. Mars 2020 : fermeture des établissements et nécessité de mettre en œuvre dans l’urgence un enseignement à distance, unique possibilité pour assurer cette « continuité pédagogique » à laquelle notre ministre n’a cessé de répéter sur les ondes que nous étions prêts… ?

Qui avait déjà testé une classe virtuelle ? Qui avait eu l’occasion d’étudier les cours proposés par « Ma classe à la maison » ? Qui avait préparé ses cours pour qu’ils soient exploitables à distance ? Qui avait sondé les familles pour connaître leur équipement, la qualité de leur connexion au net ? Et qui au Ministère s’est chargé depuis l’avènement du numérique d’équiper ses enseignants et de les former régulièrement aux nouveaux outils ?

Il aurait été salutaire d’accorder aux établissements la semaine du 16 au 22 mars 2020 pour que les équipes s’approprient les outils proposés (Ma classe à la maison, usage d’une classe virtuelle, Lumini), instaurent des pratiques communes, communiquent avec les familles, etc. Le travail d’équipe, le collectif sont fondamentaux pour réussir au mieux le « distanciel », limiter la détresse des élèves et de leurs familles. L’article de Luc Trouche montre l’importance de cette collaboration enseignante.

Finalement, cette période d’enseignement à distance fut davantage consacrée à conserver le lien avec nos élèves qu’à une réelle « continuité pédagogique ». Comment peut-on parler de continuité pédagogique alors que l’ensemble des processus nécessaires à l’apprentissage ne pouvait que difficilement être mis en œuvre ? Chacun d’entre nous a dû faire preuve d’inventivité, non seulement pour ne pas rompre ce lien si précieux avec nos élèves mais aussi pour faire des mathématiques autrement. Nous en sortons toutes et tous différents, enrichis de nouvelles pratiques et parfois submergés par l’abondance des nouveaux outils proposés : Quizinière, TQuiz, Genially, Powtoon…

Si ces outils numériques se sont bien souvent montrés très utiles, ils restent des outils. Ils ne peuvent remplacer l’enseignant dans ses missions fondamentales. Cette expérience a, par ailleurs, clairement démontré que la socialisation des apprentissages, essentielle, est illusoire dans un enseignement à distance avec des enfants ou des adolescents. « Loin des yeux, loin du cours… ».

Ce premier confinement nous aura permis d’entamer des questionnements sur notre métier et l’enseignement des mathématiques. L’hybridation menée actuellement dans certains lycées devra à son tour être analysée…

Comme j’aime souvent le dire : « Seuls nous allons plus vite, mais ensemble nous allons plus loin ». Alors ensemble, n’ayons pas peur de penser, de construire, de réfléchir à l’enseignement des mathématiques de demain.

Sébastien Planchenault
Président de l’APMEP

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