Une mise au point sur un article du Point

En mars 2020, le magazine Le Point a mis en vente un numéro hors-série intitulé « Les maths au quotidien ». André Bonnet revient sur l’illustration de la page de couverture.

André Bonnet

© Juin 2021

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L’année scolaire 2019-2020 devait être l’année des mathématiques. Mais bon nombre de manifestations ont dû être annulées. Toutefois, le magazine Le Point a mis en vente ce hors-série.

Page de couverture du numéro hors-série du magazine Le Point.

Si on ne peut que se réjouir de cette initiative, qui permet au grand public d’avoir accès à des articles très intéressants signés par d’éminents mathématiciens, il est difficile de rester indifférent à la page de couverture.

Il y a, certes, une intention louable de ne pas effrayer le lecteur, en remplaçant les inconnues notées traditionnellement \(x\), \(y\), \(z\) par des pictogrammes représentant des pommes, des pinceaux ou des tasses.

Sans doute, avez-vous entendu, comme moi, quelqu’un vous dire : « j’étais bon en maths à l’école primaire, mais au collège, dès qu’on a mis des \(x\) et des \(y\), je n’ai plus rien compris ».

Présenté ainsi, le système linéaire, constitué par les trois premières équations, est très facile à résoudre. La plupart des lecteurs auront trouvé qu’une pomme vaut 15, un pinceau 51, une tasse 4 et que le point d’interrogation doit être remplacé par 35, résultats qui figurent au bas d’une page intérieure pour ceux qui n’auraient pas réussi. Mais quel sens donner à ces résultats ?

Si on doit pouvoir trouver un pinceau à 5 € pièce et une tasse à 4 € l’unité, il n’est pas vraisemblable que 15 soit le prix en euros d’un kilo de pommes et encore moins d’une pomme seule, car je n’ai jamais vu, en France, des pommes vendues à l’unité. Et que dire de la dernière ligne ? Qui a eu, un jour, à ajouter à une pomme le produit d’un pinceau par une tasse ?

Vous conviendrez avec moi, que cette illustration est maladroite. Depuis longtemps les exercices artificiels ne figurent plus dans les manuels de mathématiques. L’introduction de nouveaux concepts se fait, de plus en plus, par l’étude de problèmes issus de situations concrètes tirées souvent de la vie courante. Le recours à l’histoire des sciences et des mathématiques en particulier, qui figure explicitement dans les nouveaux programmes du lycée et du collège, est destiné à humaniser l’enseignement de notre discipline qui, il faut bien l’avouer, est quelquefois un peu austère.

Il est regrettable que ce numéro hors-série du Point qui, par ailleurs, propose des articles très intéressants, réduise les mathématiques à ce type d’exercice.

Il y avait pourtant, page 56, de quoi inspirer un dessinateur talentueux pour proposer une autre couverture, celle publiée pouvant être qualifiée de rébus pseudo-mathématique.

Illustration de la page 56 du numéro hors-série du magazine Le Point.

Comme illustration, j’aurais préféré

  • le dessin représentant une vendeuse et sa cliente (celui de la page 56 par exemple) ;

  • avec, bien visible, le prix initial de la robe (par exemple 100 €) ;

  • la mention : soldée à 40 % ;

  • l’information : réduction de 10 % en caisse, avec la carte du magasin ;

  • le ticket de caisse, avec le prix payé par la cliente : 54 € ;

  • la mise en garde :

    Attention ! 40 % + 10 % \(\neq\) 50 %.

Ma conclusion : mathématiques du quotidien, OUI ! Mathématiques n’importe comment, NON.

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André Bonnet, AMU-IREM, régionale APMEP d’Aix-Marseille, membre du groupe « Épistémologie et histoire des maths » de l’IREM de Marseille.


  1. Et si la deuxième équation impliquait que \(\text{pinceau}=\sqrt{10}\) ? Une anecdote sur un concours du même genre qui a fini au tribunal est racontée par Manu Houdart .

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