Editorial

Le langage mathématique est souvent perçu comme un langage « idéal » : formé de signes, de mots qui désignent des concepts et des objets bien définis, répondant aux règles de la logique. Comme le souligne Y. Chevallard, « on glisse aisément à une conception des mathématiques comme “simple” organisation linguistique, cadre vide et universel (ou en voie d’universel), apte en un second temps à ressaisir le monde dans sa réalité intelligible par la médiation des diverses sciences ». Une telle conception est évidemment réductrice et surtout, ne correspond pas aux mathématiques que nous pratiquons avec nos élèves. Comme l’ont souligné les commissions premier degré et collège dans le précédent numéro d’Au fil des maths, en cohérence avec les programmes scolaires, faire des mathématiques c’est chercher, modéliser, représenter, raisonner, calculer, communiquer. Le langage mathématique est un outil pour exprimer ses idées, pour les mettre en forme pour soi-même ou pour les partager avec d’autres. Mais ce langage est aussi un objet d’enseignement et les difficultés que pose son apprentissage ne doivent pas être sous-estimées. Il est important en particulier de ne pas négliger ses interactions avec les autres langages naturellement présents dans la classe : langage familier, langage scolaire, langages des autres disciplines, etc. Chacun a son vocabulaire et ses règles de fonctionnement, celles-ci étant, le plus souvent, implicites. Les deux articles du groupe Léo (Langage, Écrit, Oral) de l’IREM de Paris publiés, l’un dans ce numéro, l’autre uniquement dans la version numérique, nous montrent que nous pouvons apprendre de nos collègues professeurs de français, comment, dans la classe de mathématique, travailler les pratiques langagières avec les élèves. Quant à l’article de Sueli Cunha, il nous convainc (si nous ne l’étions déjà), que les règles du langage mathématique méritent bien d’être explicitées. Les mathématiques peuvent aussi influencer certains langages, pour le plus grand plaisir de certains artistes, qu’ils soient poètes, bédéistes ou encore musiciens…

Alice Ernoult

Présidente de l’APMEP

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