Utilisation de capsules vidéo et de Genially

Pendant le confinement du printemps 2020, le besoin de cours et d’exercices en ligne s’est accru. Juliette Hernando, enseignante en collège, déjà expérimentée dans ce domaine, nous montre ce qu’elle a mis en place pour ses élèves et les difficultés qu’elle a dû surmonter pour y parvenir.
Vous découvrirez dans cet article une présentation de Genially ainsi que des exemples de son utilisation en classe.

Juliette Hernando

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Depuis plusieurs années, je mets différentes ressources en ligne pour mes élèves sur un site internet et lorsque le premier confinement a été annoncé, je pensais être prête à passer à l’enseignement à distance.

J’ai très vite réalisé que ce n’était pas le cas.

D’une part à cause de problèmes matériels : mes élèves n’ont, pour beaucoup, pas eu accès à un ordinateur (les frères et sœurs plus âgés étant prioritaires et le nombre d’ordinateurs insuffisant) et, d’autre part, car certains de mes documents n’étaient pas adaptés à la consultation sur smartphone et/ou à l’enseignement à distance.

Les classes virtuelles du CNED, très utiles et qui ont attiré beaucoup d’élèves, n’ont pas permis d’avancer le cours comme je le prévoyais pour diverses raisons : horaires décalés des élèves (les classes devaient avoir lieu en fin d’après-midi et les élèves n’étaient pas tous disponibles au même moment), avancement différent de chacun dans le plan de travail, interactivité limitée et concentration difficile à distance (beaucoup de distractions à la maison et des problèmes de connexion), etc.

Ces moments ont donné lieu à des échanges intéressants et ont surtout permis aux élèves de m’indiquer ce dont ils avaient besoin pour travailler chez eux.

Les vidéos ont été une demande forte : facilement lisibles sur smartphone, elles peuvent être visionnées à n’importe quel moment et permettent de revenir plusieurs fois sur les parties difficiles.

J’ai commencé par des vidéos courtes de quelques minutes qui répondaient à leurs questions ponctuelles.

Cela s’est vite avéré insuffisant et les élèves ont clairement identifié ce dont ils avaient besoin pour avancer chez eux en autonomie. Il est apparu nécessaire de varier les contenus.

Des vidéos de cours
  • le cours doit être complet (même si la vidéo est un peu plus longue, les élèves la visionnent en plusieurs fois) ;

  • les activités ne doivent pas apparaître dans ces vidéos ;

  • il faut quelques exemples, mais assez peu.

Des questions flash
  • un rappel de cours, dix questions, une correction détaillée : les élèves notent sur un brouillon les réponses sans expliquer le raisonnement et s’auto-corrigent ;

  • elles permettent de tester rapidement la compréhension d’une notion.

Des aides techniques
  • méthodes de construction ou techniques opératoires ;

  • réponses rapides pour un élève qui serait bloqué par un problème technique au cours de la recherche d’un exercice.

Des exercices
  • des exercices plus complexes que ceux des questions flash ;

  • un temps de recherche plus long sur brouillon est nécessaire et la rédaction doit être soignée ;

  • une correction détaillée permet également aux élèves de s’auto-corriger.

Toutes ces vidéos ont permis de poursuivre l’enseignement à distance, mais je n’ai pas été satisfaite sur deux points :

  • si les nombreux liens donnés dans le cahier de texte Pronote ont, pour certains, simplement constitué une perte de temps, pour beaucoup ils ont été la cause de problèmes d’organisation et les ont découragés avant même de commencer.

    Les élèves devaient jongler entre le plan de travail (en PDF sur Pronote), les vidéos (facilement accessibles sur YouTube mais éparpillées dans les playlists) et les exercices et leurs corrections dans le livre ou sur le site en PDF.

  • les élèves se sont montrés très volontaires, mais j’aurais aimé apporter un aspect plus ludique et interactif pour les motiver davantage.

  • Quand j’ai découvert, fin août, les salles de classe virtuelles (appelées aussi classes Bitmoji ou classes Genially), grâce à des collègues du groupe Facebook « Le coin boulot des professeurs de mathématiques » (notamment Marie Darif), j’ai tout de suite compris que c’est ce qui m’avait manqué.

    Genially permet rapidement et facilement de :

    • regrouper différentes ressources sur un même support (lisible sur smartphone) ;

    • créer des jeux sérieux et escape game grâce au travail du collectif S’cape ;

    • créer un décor attractif dans lequel on intègre ses propres images : de nombreux modèles sont proposés dans la version gratuite.

    De plus, les élèves n’ont pas besoin de code pour s’y connecter.

    Voici un exemple de salle de classe sur la somme des mesures des angles d’un triangle en Cinquième :

    • des vidéos intégrées dans Genially (sans publicité) ;

    • des fichiers créés sur Geogebra et Scratch ;

    • des jeux créés sur Genially ;

    • des jeux créés sur LearningApps intégrés dans les pages.

    L’élève retrouve ainsi à un même endroit : les cours et les exercices (en vidéo, en PDF et en version interactive), les activités, des jeux et des exercices de recherche.

    Pour concevoir un Genially, il faut disposer d’un compte et ensuite on travaille comme pour créer une présentation.

    La prise en main est rapide et intuitive : il n’est pas nécessaire de savoir comment fonctionne un site internet (voir annexe 1 ).

    J’ai pu tester ces salles de classes virtuelles avec mes élèves de Sixième et de Cinquième depuis la rentrée de septembre 2020.

    Quelques exemples d’utilisation en classe

    En amont pour préparer une leçon

    En Cinquième, avant le chapitre sur la somme des angles d’un triangle, je demande aux élèves, en travail à la maison, de faire une conjecture à partir du fichier Geogebra intégré au Genially, puis de regarder la vidéo sur l’introduction historique.

     

    En classe, nous avons pu commencer directement par l’activité qu’un élève est venu expliquer aux autres au TBI.

    En classe entière sur le TBI
    Figure 1 : Travail sur les différentes écritures d’un nombre décimal.

    Différents types d’exercices peuvent être donnés (fichiers Geogebra auto-correctifs, exercices numériques sur les aires ou périmètres, …). Pour les exercices « déplacements d’étiquettes », les élèves cherchent la solution du problème et ils viennent les uns après les autres déplacer les objets jusqu’à ce que la réponse soit correcte : un message de validation apparaît alors.

    Le professeur n’a pas besoin de valider les bonnes réponses, ce sont les élèves entre eux qui proposent des arguments et testent.

    En salle informatique

    Des parcours Geogebra ont été conçus pour être utilisés en classe entière ou en groupe.

    Figure 2 : Exemple de parcours Geogebra1.

    Les élèves sont autonomes grâce à des vidéos et aux fichiers auto-correctifs : si une erreur est faite, les consignes suivantes n’apparaissent pas (ou se superposent) et l’élève doit reprendre à l’étape précédente.

    Un message de félicitations apparaît lorsque la construction est entièrement réalisée.

    Pour le moment, il existe plusieurs parcours en Sixième et Cinquième.

    Les élèves travaillent à leur rythme et le professeur supervise le travail.

    Si un élève est absent, il peut faire le travail à la maison : pas besoin d’installer le logiciel, on peut même travailler sur tablette.

    Les questions étant données à l’avance, les élèves peuvent s’entraîner pour l’évaluation par compétences de chaque parcours.

    Figure 3 : Fin d’un parcours Geogebra— Compétences à évaluer.

    Quand ils sont prêts, ils peuvent passer leur évaluation sur simple demande en début d’heure.

    Si l’évaluation n’est pas réussie, il est possible de la refaire plus tard : le professeur indique les programmes de construction du parcours qui sont à refaire pour travailler les compétences.

    Vous pouvez trouver des parcours Scratch (voir annexe 2 ).

    Dans le cahier de textes

    Pour les élèves absents ou pour ceux qui veulent retravailler certains points du cours, le lien vers la classe virtuelle permet de centraliser tous les éléments au même endroit.

    Afin qu’ils s’y retrouvent (cours, exercices, jeux, etc.), j’indique dans le cahier de textes de Pronote l’image qui correspond à chaque partie. Une copie d’écran annotée est déposée (voir figure 4).

    Figure 4 : Copie d’écran déposée dans le cahier de textes

    La lecture est facile et cela ne demande pas trop de temps supplémentaire au professeur. Les retours des parents et des élèves sont très positifs : les cours sont rattrapés et les exercices sont faits.

    Au départ, mes fichiers étaient rangés et étiquetés pour que tout soit repérable du premier coup d’œil, mais mes élèves préfèrent les classes virtuelles moins classiques, dans lesquelles ils ont le plaisir de découvrir ce qui se cache derrière chaque image.

    Les classes virtuelles regroupent plusieurs chapitres. Mes progressions sont spiralées et nous y revenons donc plusieurs fois dans l’année.

    Les élèves peuvent prendre de l’avance ou revoir les notions déjà abordées plus facilement.

    Pour compléter ces salles de classes virtuelles, on peut également y intégrer des exercices du site CoopMaths Alea, générateur d’exercices avec une correction rédigée automatiquement. Les élèves peuvent ainsi réviser pour une évaluation.

    Si un site ne peut pas directement être pris en charge par Genially, il est toujours possible d’insérer un lien qui l’ouvrira dans un nouvel onglet.

    Genially est également un excellent outil pour mutualiser les travaux d’élèves : on peut préparer un jeu à l’aide de leur travail en salle informatique (voir annexe 3 ).

    Remarque : pour l’instant, propose une version gratuite. Espérons que les concepteurs ne feront pas comme ceux de Padlet qui, après des années de gratuité, ont rendu le modèle payant au-delà de trois padlets… Ainsi, les enseignants ayant créé avec enthousiasme des ressources complètes pour leurs élèves doivent maintenant payer un abonnement mensuel pour continuer à les utiliser.

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    Juliette Hernando enseigne en collège dans l’académie d’Orléans-Tours.


    1. Ce travail a été possible grâce à l’aide de Jean-Yves Labouche, Noël Lambert et Maxime Belliard.

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